J’ai vécu 3 jours et 2 nuits comme sans-domicile sur Paris

J’ai vécu 3 jours et 2 nuits comme sans-domicile sur Paris

J’ai rechuté. Amélie m’avait prévenu : « Je le refais en hiver ». Complétement, désemparé, j’ai d’abord cru à une blague. Je pensais qu’elle souhaitait simplement se venger de ma compagnie exécrable, mais non. J’ai reçu un coup de fil de sa part :

-          « Jexy, faudra aussi qu’on parle du projet 3 jours, 2nuits en hiver. »

-          « Quoi ? Heu comment ça ? »

-          « Bah oui, on en avait parlé tu te souviens ? Au pire je pars toute seule tu sais… »

-          « Heu... oui oui… Bon… »

Suite à ça, on a décidé d’étendre le concept en invitant des bénévoles à vivre l’expérience. On se disait simplement qu’avoir des avis extérieurs pourraient peut-être élever nos consciences collectives.

Beaucoup d’intérêt, mais dans les faits…

On a lancé un appel sur les réseaux sociaux où l’on invitait n’importe quelle personne à se joindre à nous pour le projet. Si l’on fait les comptes, nous avons reçu 15 à 20 messages de personnes intéressées. Vous me direz, « chouette, vous n’avez pas eu de mal à trouver des bénévoles. » Sauf qu’une fois les équipes bouclées, désistement sur désistement. Ils avaient tous une bonne raison pour ne pas venir, c’est vrai. Les enfants, la disponibilité, une maladie temporaire. Vous savez, c’est comme pour aider les personnes les plus démunies. Tout le monde est d’accord : c’est une honte. Mais lorsqu’il s’agit de donner la manche ou de s’engager personnellement, on a tous des bonnes raisons pour ne pas le faire.

Le jour J, il n’en restait plus que deux, Loïc et Brice.

bénévoles lfpf

J’ai longuement hésité à en parler mais je pense que c’est très symptomatique de notre société. Loïc et Brice qui ne se connaissaient pas avant l’expérience sont tous deux homosexuels. « Oulala tu vas avoir des problèmes homophobes ».

C’est vrai que pendant ces trois jours, j’ai largement eu le temps d’en discuter avec eux. Ils ne comprenaient d’ailleurs pas mon raisonnement. Brice me disait « bah gay, noir, petit, gros, c’est pareil non ? ». Dans un sens et dans un monde de tolérance parfaite, il aurait eu raison. Mais je pense qu’avec du recul et peut-être qu’en lisant ce billet de blog, il comprendra un peu mieux là où je voulais en venir.

Quelle ironie du sort que ceux qu’une partie de la société française nomme encore en 2017 «les tapettes », aient été les seuls assez courageux pour nous suivre jusqu’au bout.

Tous deux ont été discriminés à cause de leur orientation sexuelle depuis leur plus jeune âge. Je ne pense pas que ce soit un hasard s’ils ont souhaité nous accompagner. L’expérience à Paris a une nouvelle fois montré que les personnes les plus généreuses et empathiques, sont les plus modestes, ceux qui sont également dans une situation délicate, ceux qui ont connu l’exclusion et surtout les jeunes de moins de 30 ans (plus ouverts d’esprit que leurs parents ?). Amélie et Loic le résument d’ailleurs parfaitement bien dans la vidéo qui sortira bientôt. Voilà pourquoi, je pense sincèrement qu’ils savent mieux que quiconque ce que représente l’exclusion, le mépris et la bêtise des gens.

L’indignation

Ce sera très court. J’ai du mal à comprendre pourquoi les gens aisés, qui ont réellement le pouvoir de changer les choses, refusent de tendre leur main ?

C’est très simple, nous nous sommes faits dégagés de toutes les vitrines devant lesquelles nous faisions la manche car selon eux, nous « gênions les clients ».

Est-ce que vous vous rendez compte de l’aberration dans laquelle nous sommes ? Je vais vous expliquer très simplement de manière grossière.

  1. Starbucks qui dégage des millions de bénéfices en France, échappe à l’impôt grâce à des systèmes d’optimisation fiscale. En clair, l’entreprise fait tout pour ne pas payer d’impôts en France.
  2. Starbucks vire les sans-domiciles devant leurs vitrines car cela gêne leurs clients (vous et moi).

Sauf que si les entreprises comme Starbucks payaient leurs impôts en France, peut-être qu’il y aurait moins de sans-domicile dans les rues. Pire que ça, nous qui pleurons tous les jours de voir la misère progresser, continuons à acheter notre café du matin hors de prix chez eux. Conclusion ? Nous sommes responsables de ce fiasco.

« Tu vas loin, genre quand j’achète un café chez Starbucks, je créé des SDF en France… haha »

Oui mon ami. Le jour où tu refuseras d’acheter leur café (excellent par ailleurs, n’est-ce pas Brice) parce que tu refuseras de cautionner leurs méthodes, que crois-tu qu’ils feront ?

« Bah ils paieront leurs impôts. »

Exactement. En attendant, pourquoi changeraient-ils ? Tout le monde approuve pendant que leurs actionnaires s’en mettent plein les poches et que d’autres personnes crèvent devant leurs vitrines.

Comprenez bien, ce n’est pas un discours antisystème au contraire. Leur fortune, ils ne l’ont volé à personne, c’est nous qui leur avons offerte. À nous de réclamer des contreparties maintenant.

En ce qui concerne Starbucks, je n’invente rien et je vous invite à suivre ce lien : http://bfmbusiness.bfmtv.com/entreprise/starbucks-devient-beneficiaire-en-france-mais-sans-payer-d-impots-1004732.html

Peut-être qu’ainsi vous comprendrez réellement à quoi sert Fraterline.

C’est bien ce que vous faites mais je ne comprends pas l’intérêt

C’est un rituel. Pour chaque action humanitaire que nous menons avec La Faim Prend Fin, on a droit à cette réflexion : « c’est bien ce que vous faites, mais ça sert à quoi ? »

À travers nos témoignages, on souhaite sensibiliser les individus sur ce qu’il se passe réellement en bas de chez eux. Est-ce que vous vous rendez compte que le nombre de sans-domicile a doublé depuis 2002 ? Et que cela ne cesse d’augmenter ? Demain, ça pourrait être vous, un cousin, un ami et croyez-moi, personne ne mérite de vivre comme ça. Voilà pour le constat.

Pour les solutions, sachez qu’il est à présent possible de changer les choses sans trop en faire. Je vous invite à découvrir le concept de Fraterline. C’est le meilleur moyen pour vous de vous engager socialement sans bouger de votre canapé. Et enfin, si vous désirez en faire un peu plus, je vous invite à rejoindre l’association La Faim Prend Fin ou n’importe quelle autre association. Elles ont des solutions concrètes à proposer pour changer les choses et ont plus que jamais besoin de nous tous.

Et pourquoi ne pas monter votre propre association ? Pas nécessairement en faveur des plus démunis, mais toutes les bonnes volontés sont bonnes à prendre.

Pour le reste, le constat est exactement le même que pour notre première expérience sur Reims. Et si vous nous avez suivis, vous devez vous souvenir de cette vidéo :

 

Évidemment le froid et la pluie en plus ont rendu l’expérience bien plus compliquée. On a vu le visage des personnes dans la rue, le regard vide. L’alcool dès 6 heures du matin et si vous trouvez cela aberrant, je vous invite à dormir au moins une nuit dehors pour comprendre à quoi sert l’alcool. Avec Loic, nous avons tenté l’expérience et même si c’est un très mauvais exemple, ces deux petites heures d’ébriété ont été un réel moment d’évasion. Ne cautionnons pas, mais essayons de comprendre ces gens, c’est vraiment le message que l’on souhaite faire passer.

Enfin, je terminerai là-dessus. Quand vous donnez un euro à une personne dans la rue, pour vous cela représente le café que vous ne boirez pas à votre pause de 11h. Pour elle, c’est une bouffée d’oxygène. Pensez-y.

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